Le facteur véhiculaire

 

Définissons tout d'abord deux notions. On qualifie le plus souvent de " langue maternelle " la première langue acquise par un individu, mais cette appellation est erronée car dans certaines situations plurilingues cette langue " maternelle " peut être celle du père (et il faudrait alors parler de langue " paternelle ") ou celle du milieu social. Nous utiliserons donc ici la notion de langue première, ou L1. Par ailleurs il est fréquent que des gens étudient d'autres langues dans leur parcours scolaire (ou parle alors de " langue étrangère "), utilisent tous les jours dans leurs pratiques sociales ou professionnelles une langue qui n'est pas leur L1 (on parle alors de " langue seconde ") ou acquièrent de façon informelle dans leur vie quotidienne des rudiments de langues présentes dans leur environnement. Les situations sont ici extrêmement variées. On peut apprendre à l'école une ou deux langues "étrangères" et les parler plus ou moins bien (c'est le cas de la France), on peut également acquérir à l'école la langue officielle du pays que l'on utilisera quotidiennement (c'est le cas du français en Afrique francophone, de l'anglais en Afrique anglophone, etc.), on peut enfin apprendre sur le tas différentes langues que l'on n'utilisent que dans des domaines réduits, par exemple commerciaux (c'est le cas de certains commerçants, dans les souks de Marrakech ou dans le bazar d'Istanbul), etc. Tout en sachant que ces situations sont différentes et méritent d'être traitées de façon spécifique, nous parlerons ici de façon générale de L2 pour toutes les situations dans lesquelles une langue autre que la L1 est utilisée dans la vie sociale.

Le nombre de locuteurs qui ont une langue donnée pour L1 est évidemment un facteur important pour déterminer le poids de cette langue. Mais tout aussi important est celui des locuteurs qui la parlent comme L2, ce dernier pouvant même être plus élevé que le premier. Le nombre de locuteurs L1 du swahili par exemple pourrait faire croire qu'il s'agit d'une langue mineure et pourtant le swahili est une langue de communication majeure en Afrique de l'est, parlée par plusieurs dizaines de millions d'individus qui ont une autre langue pour L1.

Pour quantifier ce phénomène il est possible d'imaginer plusieurs méthodes. Nous pourrions recenser dans le monde les enseignants en langue vivante dans les écoles, collèges, lycées et universités ou bien recenser les élèves et étudiants. Mais de telles approches seraient limitées aux grandes langues reconnues par les ministères de l'éducation nationale et laisseraient de côté ce que nous souhaitons prendre en compte : la fonction véhiculaire de certaines langues.

C'est cet aspect que nous voulons quantifier en introduisant la notion de "taux de véhicularité" que nous définirons comme le rapport du nombre de locuteurs utilisant cette langue comme langue seconde au nombre total de locuteurs.

Taux de véhicularité =

 

 

Ce taux varie entre 0, pour une langue qui n'a que des locuteurs en L1 et 1, pour une langue dont tous les locuteurs la parlent comme L2. Ainsi présentées, les choses peuvent paraître simples, mais elles se complexifient très vite lorsque nous abordons le problème des données, à la fois parce que les Etats ont parfois certaines réticences à reconnaître leur diversité linguistique et parce que les sources sont souvent imprécises.

 

 

Nous nous sommes d'abord tournés vers les sources dont nous avions extrait le nombre de locuteurs en L1, puis vers quelques autres plus spécifiques des langues secondes et véhiculaires, mais elles sont en général mal documentées.

- Ainsi, Ethnologue utilise l'expression L2 et indique rarement le nombre de locuteurs.

- Le site Joshua utilise le mot "secondary" et indique le plus souvent "unknown" dans la colonne du nombre de locuteurs secondaires. Si l'on télécharge les données de ce site on obtient un fichier en format Excel dans lequel le nombre de locuteurs secondaires est le plus souvent grossièrement sous évalué (1256220 pour le swahili, 416769 por l'anglais !). Nous n'utilisons donc ce site que lorsque les autres sources sont insuffisantes.

- Les études par pays du site Laval semblent les plus fiables. Elles utilisent souvent le terme "véhiculaire" citent les langues concernées mais pas toujours le nombre de locuteurs. Par exemple nous trouvons dans l'article sur le Bénin:

La plupart des Béninois utilisent le français, le fon, le yorouba ou le bariba comme l'une des langues véhiculaires.

mais aucune indication n'est donnée quant au nombre de locuteurs.

- Certains sites universitaires[7],[8] fournissent des notices décrivant les langues et parfois le nombre de locuteurs en L1 et L2.

- L'utilisation de mot clés tels que "secondary speakers" ou autres dans un moteur de recherche conduit à des sites recensant les langues les plus importantes (> 3000000 de locuteurs) et indiquant le cas échéant un nombre de locuteurs secondaires et une référence originale pour cette donnée.

- Les sites gouvernements se rapportant aux résultats de référendums sont également utiles dans les cas où les langues maternelles et secondes sont documentées[9].

L'information a donc été extraite de ces différentes sources mais nous sommes souvent trouvés confrontés à des problèmes de définition et probablement de "nationalisme linguistique". Ainsi l'anglais L2 est parlé par cent soixante sept millions d'individus selon une source[10] et un milliard et demi selon une autre[11]. Le français est parlé en seconde langue par environ cinquante millions[12], cent quatre vingt dix millions[13] (ce qui selon ce site en ferait la langue la plus parlée en L2 dans le monde) ou quatre cent trente millions[14]. Ces diverses sources ne parlant évidemment pas de la même chose, ou n'utilisant pas les mêmes critères, quel nombre devons nous retenir ? Par ailleurs, les langues "mineures" sont totalement laissées de côté. Par exemple, s'il est possible de trouver une estimation du nombre d'utilisateurs secondaire du hiri motu, du tok pisin et de l'anglais en Papouasie Nouvelle-Guinée, le recensement des locuteurs L2, s'il en existe, des langues de niveau "inférieur" parmi les plus de huit cents parlées dans le pays est d'une difficulté insurmontable.

On le voit il n'existe pas de source cohérente et complète concernant les langues véhiculaires et le nombre de leurs locuteurs en langue première et seconde. Il nous a fallu collecter les données disponibles et bâtir ensuite un ensemble le plus raisonnable possible.

Les exemples regroupés dans le tableau ci-dessous donnent un aperçu de la méthode que nous avons appliquée.

Pour le premier, l'amharique, il n'y a pas d'accord entre les diverses sources mais le site Laval donne des valeurs pour le nombre de locuteurs en L1 et L2. Dans une telle situation nous avons retenu les données de ce site qui nous semble offrir le meilleur niveau scientifique.

Le deuxième exemple concerne l'anglais pour lequel nous observons une excellente concordance pour le nombre de locuteurs L1. Dans un tel cas nous avons fait la moyenne des valeurs, soit 333 millions. Le nombre de locuteurs L2 varie de 167 millions à 1.5 milliard. Cette dernière valeur ne correspond certainement pas à la définition des locuteurs L2 que nous avons donnée plus haut, nous l'avons écartée puis fait la moyenne des autres valeurs observées, 216 millions.

Enfin pour le tamoul un consensus se dégage pour le nombre de locuteurs L1 et L2, nous avons retenu 66 et 8.5 millions respectivement.

 

 

 

Langue

Code ISO

L1

L2

Sources

Amharique

[amh]

17500000

17400000

21000000

11200000

18000000

32M?

4500000

 

21000000

25000000

3000000

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_languages_by_number_of_native_speakers

http://www.lmp.ucla.edu/Profile.aspx?LangID=7&menu=004

http://www.tlfq.ulaval.ca/axl/afrique/ethiopie.htm

http://www.nalrc.wisc.edu/Afri-lang-map/index.html

http://en.wikipedia.org/wiki/Languages_of_Africa

http://www.africa.upenn.edu/afl/amharic.htm

Anglais

[eng]

341000000

330000000

328000000

340000000

328000000

167000000

150000000

375000000

170000000

1472000000

http://www.nationsonline.org/oneworld/most_spoken_languages.htm

http://www2.ignatius.edu/faculty/turner/languages.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_languages_by_number_of_native_speakers

http://www.vistawide.com/languages/top_30_languages.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/World_language

Tamoul

[tam]

 

66000000

61000000

68000000

68000000

66M total

52M

8000000

8000000

9000000

9000000

 

M's

http://www.ethnologue.org/show_language.asp?code=tam

http://en.wikipedia.org/wiki/List_of_languages_by_number_of_native_speakers

http://www.vistawide.com/languages/top_30_languages.htm

http://en.wikipedia.org/wiki/World_language

http://www.lmp.ucla.edu/Profile.aspx?LangID=99&menu=004

http://www.plc.sas.upenn.edu/languages/tamil.html

Même si elle n'est ni totalement exacte ni totalement complète cette approche a le mérite à nos yeux d'introduire dans le baromètre un facteur fondamental d'évaluation du poids des langues. Elle souligne en même temps les graves lacunes dans la connaissance des situations sociolinguistiques et, sur ce point, nous ne pouvons que souhaiter que des études précises se multiplient.

 

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Les termes les plus utilisés

Geek (30,34)
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désimlocker (10,14)
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open source (10,14)
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Poids des langues

Lorsque l'on s'interroge sur l'importance relative des langues, le critère du nombre de locuteurs est toujours le premier à apparaître : quelle est la langue la plus parlée au monde ? Combien de gens parlent cette langue ? etc.
Mais cette approche pose un double problème 
D'une part, le décompte des locuteurs n'est pas une science exacte et les différentes sources disponibles donnent des chiffres différents et ne parviennent pas toujours aux mêmes classements.
Par ailleurs, d'autres facteurs jouent un rôle dans la détermination du "poids" des langues.

Ce baromètre repose sur onze facteurs pour le moment et il est amené à évoluer par l'incorporation de nouveaux facteurs.